Vendredi 10 juin 2005 5 10 /06 /2005 00:00
Saint-Rémy de Provence, le 4 juin 2005

La Province monte à Paris, en 2005
ou une vision surréaliste des transports à la française




À force de voir ce rêve à la télé, d’année en année, à force de voir mon fils pousser des balles comme un furieux sur le mur de la maison, au Pays, j’avais imaginé y aller là-haut, lui montrer le court en vrai, les bruits aussi, et les joueurs, les arbitres, les ramasseurs de balles, les stars… La terre battue avait-elle une odeur ? Il fallait aller le vérifier, nous qui sommes du Pays des arènes qui ont une odeur. Il fallait lui prouver, lui qui a bientôt 15 ans, que l’image n’est pas aussi mythifiante. Nourri depuis sa tendre enfance par le tube cathodique et sa descendance, il faut toujours lui prouver que la réalité “vraie” a plus de saveur que sa transcription. Tendresse pédagogique.


Jeudi 2 juin 2005
Alors nous sommes montés à la capitale, en partant d’Avignon. Une France moderne. La gare TGV rutilante est si proche. Elle vous promet la capitale à portée de balle… un long passing, a priori. Un outil moderne de la décentralisation et du rapprochement. Zoumai. Les billets étaient réservés en temps et en heure. En première s’il vous plaît. Le voyage, en conflit avec le culte de la vitesse, rapproche les atomisés. Nous avions certainement rêvé, ensemble, de cette tendre parenthèse. On sortait de la télé, on allait voir en vrai. Ensemble. Patatra. La veille, les cheminots qui font la fierté de la nation, chauffés au Non du référendum de l’ancien régime, tentent de fermer notre parenthèse. Une habitude à la française. 6 TGV sur 10 sont annoncés en gares. Ne parlons pas des Corails et des TER. C’est la grève à répétition. Notre train est annulé, la veille. Impossible de joindre la sacro-sainte SNCF. Ni au téléphone, ni par mail, ni sur le web. Chez eux, tout est possible.


TGV 1
Mon honneur est en jeu. Je dois jouer le mousquetaire. Notre train était avancé à 17 h 42. Nous décidâmes d’être à la gare à 16 h 30. Une forme de siège. Un train fantôme, arrivant des brumes de Marseille, s’annonçait officieusement à 17 h 07. Notre volonté sans faille nous fit sauter sur le marchepied avec la grosse valise et les raquettes, laissant derrière nous les naïfs qui demandaient une autorisation désespérée au contrôleur extrapolé. Mais nous n’étions pas les seuls à attaquer ce train si désespérément court. Il y en avait partout des humains. Dans les rames, les couloirs, sur les marches… chaque centimètre carré était occupé. Un peu moins de 3 heures debout. Dans le wagon bar évidemment, à deux pas du comptoir, haut lieu imagé du TGV. Des odeurs, des regards, des bousculades et cette éternelle question du sens de la queue. Le contrôleur n’est jamais passé nulle part. Il avait du s’enfermer dans sa cabine obscure. Personne ne semblait être vraiment agressif. Tout le monde était gêné. On trouvait tristement tout cela presque normal. On se résignait. Triste parenthèse. Pour le rapprochement filial, c’était loupé.


Taxi 1
Le même jeudi, à 19 h 45. A la gare de Lyon, c’est comme un mirage, ya toujours des taxis. La queue s’inverse. Ce sont les humains qui s’observent dans les files inversées. On joue à l’escargot. On s’observe en 3D. Le chauffeur n’a pas dit un mot. Sûrement marre de râler. Deux sourires quand même. Il avait certainement voté Non, mais son taxi ne l’avait jamais amené rue de la Loi à Bruxelles. Il aurait du aller voir. Comme nous… mais quel plaisir de s’assoir.


A pied
Ensuite, on a préféré vivre à pied la ville. Soulagement et paradoxes des beaux quartiers. On a tourné, dormi, joué au tennis au jardin du Luxembourg le vendredi 3 juin au matin et puis on a cherché un taxi à deux pas du Lutetia pour aller à la porte d’Auteuil, à Rolland Garros, en tout début d’après-midi.


Taxi 2
Il vient de pleuvoir sur Paris. Ils en ont l’habitude, des giboulées éternelles. Et à ces moments là, on attend longtemps les taxis. Il n’y en a pas. On refait la queue. Tout le monde cherche à gratter. On surveille les couloirs, comme au tennis. Viendra, viendra pas ? Finalement, ils arrivent toujours, mais on est médusé d’apprendre dans la file que le nombre de taxis à Paris est figé depuis 1960. 14 000, pas un de plus ! Une histoire éternellement non résolue. On tombe a priori sur un vietnamien deuxième génération. Il a confondu la porte d’Auteuil et la porte Saint Cloud. Il était ailleurs. On a perdu du temps avec le sourire. Le match était commencé.


La quête du Grall. On y est. Pas d’odeur en fait, un peu la frite et le parfum des affriolantes qui poussent au soleil. Ya des passionnés et des gens qui se la pètent. Comme dab. Mais l’attirance du rectangle orange nous fait tout oublier. On y est. En vrai. Les joueurs sont des humains. Le premier match dure un temps fou. Le bouillant argentin aura raison du métronome russe. Puis c’est la seconde demi-finales, la finale avant l’heure. Nadal a l’air d’un toro. Federer remonte. J’ai promis d’attendre la fin du premier set. On partira “en retard”, à 19 h 20. Course contre la montre. On quitte les arènes. Pas de taxi, il faut aller encore à la chasse. On nous conseille, vu l’enjeu, de plonger dans une station de métro. La grosse valise nous sert de palangrotte. On fera comme le petit poucet, avec de la sueur.


Métro 2
Michel-Ange-Molitor. C’est parti, il ne reste que 50 minutes pour rallier le TGV qui partira à 20 h 20 en gare de Lyon. On suit une black. Elle nous trace la piste. Reste à savoir si on doit sortir à Franklin Roosevelt et prendre le M1 direction Château de Vincennes jusqu’à Gare du Nord ou pousser plus loin et attendre un RER hypothétique.


RER A
On tranche dans l’urgence. Entre les travaux sur la ligne et les arrêts incompris, le timing part en vrille. Havre Caumartin. Pas un havre de paix. La sueur sur les tempes. Les petits carrés jaunes. Le prochain à 20 h 04, avec un arrêt à Châtelet les Halles. Notre train pour Avignon est toujours à 20 h 20.


TGV 2
On monte dans la première rame, en nage. On a couru dans les couloirs et les escalators. On attrape le train, le plus vaillant de nous deux ayant composté. Il démarre 5 secondes après. On a du sortir un couple ahuri qui nous avait piqué nos places. Puis il a fallu jouer des coudes pour acheter un sandwich et de l’eau au bar. 40 minutes d’attente pour une bouteille de Vittel. J’ai eu le malheur de dire au zélé serveur des Wagons-Lits qu’il devrait avoir une machine en renfort, au moins pour les produits de base. Il m’a traité d’idéaliste. Le contrôleur a annoncé qu’il n’y avait pas de place dans un TGV pour une machine. La moitié de la queue était contre moi. Il était temps de rentrer. Délire ultime. Essieu cassé. Celui qui devait arriver à Avignon à 23 h 00 arrivera après 24 h 00. La machine du parking avait changé.

Bref, 35 heures après, on était rentré. Quelques heures après, il recommençait à taper sur le mur de la maison… entre deux séances de tube cathodique. Mais on a tous les deux du orange dans notre tête… pour un moment.



Par David Hairion - Publié dans : Des mots
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Sommaire

Ricochets

Vous voulez rigoler un bon coup ?
Une seule adresse...






Que les emmerdés de la base, se rassurent, en levant les yeux, ils ne verront que des trous du cul. LAO TSEU


Store-Wars
ou un nouveau regard sur le rayon fruits et légumes des grandes surfaces.




Vous avez dit blog ?
A vous de créer.


Rechercher

Syndication

  • Flux RSS des articles

Hihihi !


Une compilation de drôles de textes qui circulent sur le web depuis la nuit des temps du web











Découvrez les Alpilles
Une sélection de belles adresses…




L'économie
du Pays d'Arles

Une sélection d'articles
pour découvrir
les fondements
de la richesse
économique
de l'arrondissement
d'Arles…


Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus